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Petites réflexions autour du dialogue Islamo- chrétiens

Publié le par Yahia

Petites réflexions autour du dialogue Islamo- chrétiens

  Depuis quelques années est organisée à Liège une série de rencontres entre musulman et chrétiens, dans le cadre général des rencontres du SERIC en Europe (Semaine Européenne de Rencontres Islamo-Chrétiennes)

  De manière assez générale ce dialogue inter-religieux est d'initiative catholique bien plus que des autres religions, avec un intérêt très particulier à l'égard de l'islam. En dehors des explications ecclésiastiques officielles, j'en ignore toujours la raison fondamentale.

  Ces rencontres ont des formes et des ambiances fort diverses. 

Un colloque «  Quel Islam pour aujourd'hui ?

  Ainsi j'ai pu observer, il y quelques années , dans l' abbaye bénédictine (encore!) de Maredsous , une journée de colloque intitulée «  Quel Islam pour aujourd'hui ? Libérer la pensée musulmane pour mieux vivre ensemble » Une des conférences parlait de « l'aggiornamento » de l'islam.Rien que cela !On ne parlait donc pas de l'islam tel qu'il est, mais de celui que l'on voudrait qu'il soit.(Sous-entendu ; il n'est pas encore compatible avec notre société?) S'agissait-il, en quelque sorte , de dicter d'une part aux musulmans une ligne de conduite comme condition de leur acceptation dans notre société, et de la part des bienveillants bénédictins, avec une nuance toute paternaliste, de montrer à leurs ouailles, qu'il y avait de bons musulmans ? Je ne caricature pas : Voici ce qu'en disait un des organisateurs dans la presse «  on ne va pas parler de théologie mais de la vie quotidienne des musulmans de chez nous et voir comment ils peuvent être de bons citoyens ."(Sic!).Ce colloque, était organisé par des bénédictins de bonne composition en collaboration avec des « Comitards Laïcistes », et avait invité des orateurs musulmans biens choisis à cet effet, dont un militant laïc turc très à la pointe du combat contre les islamistes dont il proclame partout le danger. Intervenaient également un converti soufi sans danger, pour faire bonne mesure, et Rachid Benzine,seul orateur intéressant (j'en recommande chaudement la lecture), mais qui tout aussi intéressant soit-il , ne peut être considéré comme représentatif de la pensée musulmane dans sa très large majorité. De l'autre côté , une représentante du « ni pute ni soumise » local donnait le ton , au côté d' insipides missionnaires et autres multiples intervenants parlant d'une religion qu'il ne pratiquaient pas . Quasi aucun échange spirituel donc. Le public était à l'avenant. De rares musulmans,beaucoup de laïcs et de chrétiens. J'ai noté parmi ceux-ci un très significatif couple de parents catholiques déboussolés  par la conversion ultra-radicale de leur fille à l'islam et cherchant quelques informations, quelque lueur d'espoir.

 

Notez que je ne veux pas ici dénigrer l'action générale des bénédictins de Maredsous, dont les efforts de dialogue sont sincères : il ont fait mieux avant ce colloque, et ils ont rectifié le tir après, c'est juste ce colloque-là que je cible comme significatif d'un attitude inadéquate possible : ne pas accepter l'autre tel qu'il est et prétendre lui dicter sa conduite.

 

Toute autre ambiance : La SERIC

  Ici à Liège ,de manière très inhabituelle, ce sont des musulmans qui, dans la cadre de La SERIC, on pris l'initiative de ces rencontres, par le biais du CEDICOW ( J'y reviendrai plus loin)

Les rencontres des années précédentes précédentes avaient pour Thème : «  Deux fous de Dieu : St. François d’Assises et Mevlânâ Celalettin Rûmî - Qu’ont-ils à nous dire dans nos vies d’aujourd’hui." » et encore « Abraham, un ancêtre commun ? » , avec chaque fois une orateur exposant le point de vue de sa propre religion sur le thème. Un échange spirituel d'abord donc, équilibré ensuite chacun gardant sa propre identité, et de respect mutuel surtout. Après ces conférence suivies des traditionnelles questions-réponse, un goûter amical réunit à chaque fois les participants autour de plats de diverses cultures. Ensuite, dans l'église,les moniales chantent les vêpres suivies par des invocations chantées par les musulmans. Des visites par les chrétiens de la mosquée avaient été organisées à la suite de ces rencontres, les visiteurs assistant au prières de musulmans. Evidemment , ce genre de rencontres fraternelles ne fait pas la une des journaux, plus friands de drames et de dérives islamistes.

Cette année-ci le thème portait sur : « La Miséricorde de Dieu: jusqu’où cela nous mène-t-il? », avec Mr Fatih Guçlu et le frère Patrick Gillard

Mr Fatih Guçlu rappelle que la formule bismi Allah ar-Rahman ar-Rahim بسم الله الرحمن الرحيم  (ar-raham : superlatif : le tout-miséricordieux) est omniprésente en Islam pour leur rappeler constamment la miséricorde de Dieu. Il note également que ar-rahman est le premier des 99 noms-attributs de Dieu.Il fait ensuite une petite évocation des preuves de la miséricorde de Dieu, parmi lesquelles il range notamment le bon fonctionnement de notre organisation corporelle, voulue par Lui. Nul n'entrera au paradis par la seul force de ses œuvres, mais par la grâce de Dieu, dit-il , en rappelant cependant la parole «  Ne désespérez pas de la miséricorde Dieu » Dieu est plus miséricordieux envers les croyants qu'une mère envers ses enfants. Pour ce qui est des conséquences ce tette miséricorde, l'orateur déclare que c'est la miséri de Dieu qui est à la source de notre bienveillance mutuelle.C'est en développant le sens de la miséricorde que nous développons notre humanité et s-que nous nous rapprochons du Tout-miséricordieux

 

Le frère dominicain P.Gillard a commencé par développer la notion de pardonner dans le sens d'un dépassement « aller au-delà », ne plus se mettre au centre . La miséricorde c'est aussi avoir du cœur pour les pauvretés que nous croisons. Le frère Gillard, assez engagé socialement , et aumônier des prisons, a fait quelques considérations sur la situation spirituelle chez certains prisonniers de longue durée. Ensuite, il a parlé de la difficulté de vivre sa foi dans une société qui la relègue dans le domaine du privé, l'étouffant sans lui donner la possibilité de de se manifester dans la vie , de s'engager. De plus, face aux malheurs, être croyant n'est pas intellectuellement une solution de facilité. Se pose également la question des limites du pardon, aussi bien celle de nos capacités que celles du respect de soi et des autres. Il évoque enfin le caractère paradoxal du « commandement «  d'aimer , que nous pensons notamment comme spontané : il lie intimement les actes de croire et d'aimer. S'il n'y a pas une seule raison , un preuve définitive, il y a dans le cœur un faisceau convergent de raisons de croire et de s'engager dans la foi : il évoque la foi comme engagement.

   

Dans le débat qui s'en est suivi , je n'ai pu m'empêcher de poser la question qui pouvait troubler ou fâcher, à savoir les limites du Pardon de Dieu telles qu'elles apparaissent dans les écriture : Associationnisme chez les musulmans , et le mystérieux « Péché contre l'Esprit » chez les chrétiens.Mr Fatih Guçlu a donné un réponse inattendue, définissant l’associationnisme comme le fait de mettre autre chose que Dieu à la place de Dieu, ce qui rendait impossible la réception de sa Miséricorde. P. Gillard, un peu hésitant sur cette question  qu'il a peu méditée, a défini le péché contre l'Esprit par le fait de ne pouvoir recevoir  Dieu, car on l'a remplacé par des valeurs qui lui étaient étrangères , ce qui revient à la même définition que celle de Mr Fatih Guçlu pour le shirk. Cette convergence m'a paru assez  surprenante,mais je doute de son fondement théologique de part et d'autre.

 

Le CEDICOW

 

J'en viens maintenant aux initiateurs de ces rencontres.

LE CEDICOW, Centre pour la Diversité et la Cohésion en Wallonie , créé par des citoyens belges d'origine turque ,déclare faire prévaloir le dialogue à travers trois secteurs : le domaine interculturel, social et interconvictionnel. ( Le terme choisi est déjà notable:il n'ont pas dit interconfessionnel).

LE Cedicow organisé des rencontres adolescents-policiers, des rencontres adolescent- magistrature, citoyens-politiciens ,des rencontres culinaires familiales (turcs-belges-italiens..) ,des concerts, des repas pour les pauvres de liège en collaboration avec les centres publics d'aide sociale( plutôt que d'envoyer en Turquie de l'argent pour les repas des pauvres lors de fêtes religieuses,comme il est de tradition), des invitations inter-familiales, etc...

 

Il s'agit là d'une série d'activités dynamiques et constructives assez inhabituelles dans le sens où la communauté turque ou d'origine turque traîne derrière elle une réputation de repli sur soi. Cette activité a bien entendu pour but notamment de faire démentir cette réputation. Inhabituelle aussi parce que les actions vont d’habitude plus souvent dans le sens de la majorité vers les minorités,et ici c'est la minorité qui prend la main à la majorité.Il se fait que cette organisation est proche du mouvement Fethullah Gülen, assez décriée et suspectée par ailleurs (j'y reviendrai plus loin).Si nous les écoutons, regardons agir et si nous les rencontrons, nous ne pouvons que constater qu'il s'agit tout simplement de musulmans qui essaient d'appliquer dans leur vie quotidienne et sociale les préceptes de leur foi, sous l'éclairage d'un maître spirituel dont l'ouverture sincère aux autres religions ne s'est jamais démentie pendant des décennies. Ici à Liège , leur action est simple, limpide, et positive, et l'on aimerait voir bien d'autres ,croyants ou mécréants, d'autres communautés, agir de même.On reconnaît l'arbre à ses fruits, dit-on: Ici les fruits sont bien bons.

 

 

  Le mouvement Gülen

 

Je sors ici du sujet pour dire quelques mots sur ce mouvement.  Fethullah Gülen est un prédicateur turc très populaire,né en 1941, et qui a été lui-même influencé par le grand réformateur turc Saïd NURSÎ, méconnu chez nous. NURSÎ, dans son effort de rénovation, notait qu'il ya avait des apports occidentaux à prendre en compte, notemment les sciences, et insistait particulièrement sur l'aducation et l'enseignement. Dans cette lignée, donc , Fethullah Gülen a développé depuis plus de quarante ans un mouvement centré sur le développement des écoles avec l'appui financier des classes moyennes et des hommes d'affaires cottisant librement. Ce mouvement a développé ainsi un vaste réseau scolaire de grande qualité, insistant sur les sciences, et  permettant à plusieurs générations de turcs  défavorisés d'accéder à un enseignement et une position sociale inaccessibles sans lui. Cet enseignement a été étendu en asie centrale , en Europe, et même en afrique australe.Un solide financement , avec des banques sous l'égide de Gülen, a permis également le développement de medias les plus modernes et notemment le quotidien "ZAMAN" tiré à plus de 800.00 exemplaires.  Le Mouvement  se présente cependant comme un réseu d'organisations indépendantes , dont les dirigeants sont nommés non selon le principe démocratique, mais d'en haut à la manière des confréries. Fethullah Gülen lui même ne "possédant rien". On reproche de ce fait  au mouvement des finances très peu transparentes. Politiquement, Gülen est très conservateur, marqué à droite, soutenant les gouvernements en place, et a même approuvé à une époque, une des accaparations du pouvoir par les militaires turcs pour "contrer les communistes" . L'armée lui a  cependant cherché noise à plusieurs reprises, inquiète de la montée de la religion , et de sa popularité.Actuellemnt son influence sur l'actuel gouvernement ERDOGAN est notoire. Si politiquement cette personnalité est loin d'être irréprochable, et peut  subir une critique politique rationnelle, comme tout homme public, il suscite cependant des fantasmes irrationnels , et la campagne médiatique de suspicion lancée contre lui sur base de suspicion a-priori  et de rumeurs, sans faits concrets, a bien des ressemnlances avec celle subie par un autre réformateur  charismatique, T.Ramadan.  Des interprétations, des déformations, des suspicions, mais non pas des faits, des actes, des chiffres, des éléments probants.

 

 

 

En guise de suite ,un autre article  sur le blog: UN DIALOGUE INTERCONVICTIONNEL : RELIURES

 

Liens et bouquins

 

Missionnaires de L'Islam en Asie Centrale * Les écoles turques de Fethullah Gülen  par Bayram Balci* Masionneuve et Larose 2003

Islam en Belgique  per B.Maréchal Louvain 2011

L'Iris et le Croissant par F.Dassetto Louvain 2011

LA PENSÉE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DU “RÉNOVATEUR OTTOMAN” (ISLAMCI) SAID NURSÎ DE 1908 À 1926 thèse de doctorat par YARDIM, Müserref

 

http://www.cedicow.be/

http://fr.fgulen.com/

http://fr.wikipedia.orgFethullah GÜLEN_

http://en.wikipedia.NURSI (en anglais)

http://www.semaineseric.eu

  http://benedictinesliege.com/

http://www.maredsous.be

 

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/382993/l-islam-belge-en-debat-a-maredsous.html

 

 

 

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R
Pourquoi tant de catholiques ? Parce que Vatican II ^^
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