Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LE CORAN INCREE

Publié le par Yahia

img004

LE CORAN INCREE

 

Créé ou incréé ? : c'est une de ces querelles théologiques capitales qui remontent souvent à la surface, sans qu'au fond, les croyants s'en soucient ni ne cherchent vraiment à la comprendre.Un peu comme le dogme de la Trinité chez les catholiques, (vécu plus profondément chez les orthodoxes): admis, mais non compris, objet de sacralité, puis on passe au quotidien:la morale et les prières

 

Je fais ici le point, non pas sur la question, mais beaucoup plus modestement sur ce que j'en ai compris

 

Donc, en Islam, tout le monde admet la sacralité du Coran, ce qui est l'essentiel, et la très grande majorité y associe le dogme déclarant qu'il est incrée, ce qui est beaucoup moins clair.

 

De quoi q'agit- il ?

 

Pour le comprendre, il faut revenir aux débuts de l'histoire de l'Islam. Au départ seules la proclamation du message prophétique et les modalités de son applications importaient, sans grand besoins de compléments théologiques. Les savants durent cependant développer leurs réflexions pour prendre en compte les problèmes provoqués par les divisions, la fitna : le pouvoir, les divisions, la prédestination, le statut du pécheur... D'un autre côté, dans le décours de son expansion, l'islam s'est trouvé confronté aux différentes religions, chrétienne, juive,mazdéeene, sans oublier les gnostiques et les manichéens. Les représentants de ces religions se mirent à polémiquer contre l'islam au moyen de tout leur appareil théologique, amenant ainsi les savants de l'islam à développer leur propre théologie dans un contexte polémique et défensif : ce fut le développement du kalâm.

 

Dans le contexte précité donc, les théologiens firent des efforts de compréhension sur la nature de Dieu. Plus particulièrement, en ce qui concerne les attributs divins (ses qualités, qui lui sont inhérentes :la bonté, la justice,etc..),objet de polémiques avec les chrétiens, ils aboutirent à une conclusion très spécifique. Alors que le courant Mu'tazilite les considérait , à l'instar des chrétiens, comme de simples informations (khabar) sur Lui , soit comme des apellations, soumises à l'interprétation rationnelle ( et risquant par là une atteinte à la transcendance, un amoindrissement de la révélation, et le rabais de leur compréhension de Dieu à un niveau purement humain), les sunnites considérèrent que les attributs divins existent réellement , cojointes en Lui, de toute éternité. Ils sont par rapport à l'essence divine, dans laquelle ils « résident », comme l'accident par rapport à la substance.Il y a évidement toute une série de subtilités et de distinguo que je vous épargnerai ici. Il y a des comparaison à faire avec la philosophie de Platon  qui voyait l'essence comme "idée", les idées pures et éternelles qui sont la réalité authentique. Les théologiens les placent en Dieu lui-même. Une étude sur les influences du néo-platonisme dans cette conception m'éclairerait sans doute.

 

J'ai développé ce qui précède pour en venir au nœud du problème . Les mu'tazilites, dans le fil de leur logique, considéraient que le Coran avait été créé, comme tous les autres objets de la création divine, ce qui rendait possible les corruption et facilitait la libéralisation des interprétation (Ce qui leur vaut d'ailleurs leur succès posthume contemporain). les Sunnites par contre, appliquent leur logique des attributs à la Parole de Dieu, attribut préeternel : Il en concluent que le Coran est incréé. Dans leurs polémiques, tout comme les attributs, les chrétiens se méprennent ou déforment cette idée, et la présentent comme si une entité étrangère à Dieu coexistait de toute éternité à côté de lui, ce qui serait contraire à l'unité divine ( venant de trinitaires, le reproche ne manque pas de sel...).

En réalité il ne s'agit pas du tout de cela ! Car, de la même façon que les autres Attributs, le Coran en tant que Parole de Dieu, n'est pas une entité étrangère, mais réside en Lui comme l'accident par rapport à la substance, intimement lié.

 

Lorsque les sunnites déclarent que le Coran est éternel, il entendent par là l’attribut divin subsistant éternellement en Dieu qui , en tant que tel, est exempt de toute articulation verbale et sonore. Mais le Coran , tel que nous le lisons et l'écoutons est aussi composé de mots: il est écrit et récité. Le texte divin, incréé, est bien présent dans le texte lu ou dans la récitation entendue,créées, mais ne se confond pas matériellement à son support. Sous cet aspect, le Coran écrit ou récité est un fait temporel créé. Les lettres , les sons, les livres sont créés, pas le texte qu'ils expriment. C'est pour rappeller cette distinction que l'on voit souvent rappeler qu'il ne faut pas confondre le muṣḥaf du Coran( le recueil écrit, donc) et le Coran en tant que Parole Divine: al kalam al-nafssi.

Cette parole divine a fait l'objet de révélations qui ont donné les livres sacrés :

 

Ibn ARABI :

 

« Il a parlé, non pas à la suite d'un mutisme préliminaire, ni d'un silence réfléchi, mais par une Parole éternelle, sans commencement et sans fin, comme il en est de tous ses autres Attributs, tels que sa Science, sa Volonté et sa Puissance. C'est par elle qu'Il a parlé à Moïse et il l'a Appelée Thora ; c'est par elle q u'Il a parlé à David et il l'a appelée Psaumes, à Jésus et IL l'a appelée « Descente » (al-Tanzîl) et « Discrimination » ( al-Furqân ) - que les Prières de Dieu et Son Salut soient sur lui (Muhammad) et sur eux tous !

 

 

QUELS SONT LES ENJEUX ?

 

On pourrait se demander à quoi bon se disputer sur cette notion , en dehors des arguties théologico-philosophiques?

 

En réalité, un des enjeux majeurs se situent dans les conséquences de ces conceptions ont sur la manière dont on lit et interprète le texte du Coran.

 

Ainsi , des hanbalites (et leurs émules wahabbites) quant à eux , vont considérer que les lettres et le son parlesquels le Coran a été donné sont eux-même éternel. Cela entraîne une lecture littéraliste.

A l'opposé , les partisans actuels des mu'tazilites trouvent dans l'idée d'un Coran incréé un encouragement à ouvrir les portes d'une annalyse critique de celui-ci, tout comme touts autre création de Dieu.Donc, derrière les querelles dogmatiques, c'est toute une vision de l'interprétation du texte qui se joue.

 

J'en viens, en guise de conclusion, à l'explication qu'en donne M. Arkoun et à son shéma triangulaire (reproduite ici de manière simplifiée) :

 

 

Parole de Dieu

        I

        I                                     histoire du Salut

        I

        I

Discours Coranique - -- - - > Mushaf -----> Corpus Interprétatif ----> Histoire Terrestre

        Révélation                                           Communauté Interprétante

 

 

- De haut vers le bas, la descente , mouvement par lequel Dieu révèle une partie du Livre Céleste

-Horizontalement, l'histoire terresestre , les opérations humaines qui conduisent du Discours Coranique au Corpus interprétatif

-Enfin en diagonale, l'histoire du salut, de l'histoire terrestre menée - sous la guidance de la révélation vers l'autre-vie.

 

En insistant , dans la dimension horizontale, sur le caractère humain de le réception du Message Divin, avec la nécéssité d'une étude critique et analytique de cette réception, il me semble qu'Arkoun préserve le Caractère Divin de la Parole Elle-même.Cette vision novatrice pourrait être compatible avec une conception due Coran Incréé, puisque seule sa réception humaine est soumise à l'analyse critique.

 

A ce stade de mon texte,il me reste à espérer qu'un lecteur plis savant m'aide à en corriger les erreurs et een aprrocher mieux la problémétique.

 

 

Dieu Seul est Savant...

 

 

bibliographie pour aller plus loin :

 

D. Gimaret : La doctrine d'al-Asha'ri - Cerf 1990

I. Goldziher : Le dogme et la loi dans l'islam - Geuthner 1920

L.Gardet – M.M. Anawati : Introduction à la théologie musulmane - Vrin 1970

M-C Hernandez : Histoire de la pensée en islam - Desjonquière 2005

M. Arkoun : Ouvertures sur l'Islam - Grancher 1992

Ibn 'Arabî : La Profession de foi - Actes Sud 1985

Commenter cet article
R
Je ne serai pas ce "lecteur plus savant" car la notion d'attribut m'a toujours donné des migraines ^^
Répondre