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Faut-il avoir peur des Frères Musulmans ?

Publié le par lectures-orients.over-blog.fr

coupe guerrier 2 khurasan 10-11°

Voici quelques notes de lectures sur le sujet :

 

Patrick Haeni :Revue « La vie des idées » avril 2005 N°1

Article : « Divisions chez les frères musulmans – La nouvelle pensée islamique des déçus de l’expérience militante »

Résumé : « le mouvement des Frères musulmans est le lieu d’un renouveau du débat sur les rapports entre islam et démocratie. Un nouveau langage démocratique est en train de s’inventer, empruntant largement au discours managérial américain et vidant peu à peu les concepts religieux de leur sens traditionnel »

 

Extraits : «Il [ce nouveau langage] est l’expression politique d’une mutation profonde : l’affirmation au sein de ce qu’on appelle al-thaqâfa al-ikhwânia ( la culture des frères musulmans), c’est à dire les modes de vie des militants ordinaires) d’une « culture non coercitive de la civilité » où se développent des engagements libres, le relativisme, la désacralisation de l’institution et le rejet des hiérarchies - - Le religieux se projette alors dans une nouvelle visée politique : non plus l’établissement de l’Etat islamique ou la restauration du califat, mais la liquidation de l’Etat providence. »

« En clair, l’islamisme ne serait pas ontologiquement différent de ses rivaux, mais pratiquement plus efficace. L’islamité de l’Etat n’est plus projetée dans la nature de ses institutions, mais dans la moralité de ses sujets, assumant leu responsabilité et leur nouveau rôle public et civique dans  le cadre d’une gouvernance nouvelle, où les mécanismes de solidarité sociale prennent le relais de la redistribution publique »

« Ce nouvel imaginaire politique se constitue donc, somme toute, relativement librement hors de la tutelle des catégories religieuses. Sans doute faut-il  y voir l’indice d’une  génération plus formée à l’action politique qu’à la réflexion sur le fiqh(…) »

(souligné par moi)

N’est présentée ici, évidemment, qu’une tendance nouvelle de ce mouvement parmi d’autres plus anciennes. Je ne porte pas de jugement sur cette tendance libérale, ni sur son adéquation avec la religion, chacun en conclura selon son opinion .A tout le moins cela démontre-t-il  cependant que ce mouvement n’a pas la rigidité idéologique qu’on lui attribue.

Jean-Noel Ferrié« MAgreb-Machrek» hiver 2007-2008 N°194

Article : « Les Frères Musulmans égyptiens et la modération »

 

« On ne peut plus parler aujourd’hui, de l’islamisme en Egypte, comme on en parlait dans les années 1980 ou dans les années 1990 . Il est établi, notemment par les travaux d’Alain Roussillon, que l’islamisme n’a pas été une  « vague » mais un ensemble  de systèmes d’actions reliés par les usages contrastifs, voire contradictoires, d’une même référence. Ils ont ainsi acquis un « air de famille »fondé sur des ressemblances superficielles.         »

Après un bref exposé sur  « la dynamique modératrice de la consolidation autoritaire du régime en place, et sur « la  Modération des Frères Musulmans avant 2000 » , puis « La Modération des Frères Musulmans après 2000» où l’on peut lire d’intéressantes considération sur leur réalisme politique et leur rapport aux américains, on arrive à la conclusion« L’inconnu de la modération » : « Revenant , maintenant, à la question de la sincérité de la modération, il n’apparaît pas possible de trancher celle-ci en considérant tout bonnement la constance du parcours modéré des Frères. En effet, ce que l’on retient de ce parcours est tout d’abord sa plasticité vis-à-vis du contexte ; il répond aux sollicitations d’une époque, à l’état des forces et du jeu politique qui la caractérise … »  « Certes ils défendent les libertés politiques depuis les années 1980, mais cette défense est techniquement inhérente à la voie qu’ils ont choisie : s’inscrire dans la compétition politique légale pour accéder au pouvoir » 

 

Cet auteur s’inscrit dans la ligne de méfiance à l’égard des FM dans une vison  purement externe. Il faudrait cependant analyser, pour être complet ce qui, du point de vue  e l’idéologie  interne (et non plus de la tactique imposée par les circonstances) assure la cohérence et la permanence de cette attitude pacifique et démocratique de la conquête du pouvoir. Et il n’en manque pas  

 

Pou une analyse complète du mouvement, je renvoie au livre de AMR ELSHOBAKI : « Les Frères musulmans des origines à nos jours »  chez Karthala, 2009

AMR ELSHOBAKI  est docteur en sciences politiques de la Sorbonne et directeur d’un département au centre Al-Ahram au Caire (http://acpss.ahram.org.eg/eng/ahram/2004/7/5/Abot0.htm)

Voici ses conclusions :

« Si l’islamisme apparaît comme porteur d’un discours global et immuable, alors on peut en imaginer la disparition. Cela signifierait que sa fin ne pourrait résulter que d’un phénomène de crise, lié soit à un ordre politique despotique à l’intérieur, soi à un impérialisme exogène. Cependant, jusqu’ici, ni l’un ni l’autre ne sont parvenus à ce résultat. Or le discours des Frères musulmans s’est révélé capable non seulement d’évoluer, mais aussi de s’ouvrir à la démocratie sans pour autant se transformer en un courant démocratique à part entière.

            Le Mouvement des Frères musulmans a fait preuve d’une grande capacité de renouvellement et d’adaptation à l’évolution de la réalité sociale et politique environnante et il est souvent venu à suivre le développement de la réalité sociale et sa modernisation. Il tire son importance du fait qu’il a été l’expression , durant trois décennies, d’un élan modernisateur qui est essentiellement le produit de « composantes endogènes » dont l’influence politique et social est certaine si on la compare à d’autre structures essentiellement »exogènes » comme les mouvements des droits se l’homme, dont l’impact est limité.

            L’intégration des Frères musulmans dans le processus de démocratisation constitue non seulement une solution à une problématique  historique qui remonte à près de trois quart de siècle, mais aussi le moyen d’intégrer une grande partie de la population égyptienne dans ce même processus et dans les différents mécanismes qui en relèvent – participation positive aux élections, adhésion à un mouvement politique, respect des résultats du scrutin, et ce, à travers la démocratisation totale de l’organisation mère et des « institutions de l’intérieur ».

            Par conséquent, la modernisation du courant de l’islam politique pacifique revient en réalité à pousser les plus grandes forces politiques en Egypte et dans le monde arabe vers l’adoption des règles et des concepts démocratiques »

http://www.facebook.com/note.php?saved&&note_id=10150133955468035#!/note.php?note_id=10150133955468035&id=1033533416

 

 

Pour d’autres pays, mais en corollaire sur la problématique du faut-il avoir peur ?lire le n°42 de la revue « Critique internationale » janvier-mars 2009, consacré aux municipalités islamistes, avec des études sur les ces de la Turquie, du Liban, du Pakistan, et du Maroc.  On y lit , entre autres, de constatations du genre :« Il semblerait ainsi que le temps œuvre en faveur d’un « pragmatisme», d’une dé-islamisation des discours et d’un tissage d’alliance politiques »   et   « le désenchantement éventuel de la population à l’ égard des équipes municipales « islamistes » ne proviendrait donc pas de leur tendance à une euphémisation du référent religieux (sauf, peut-être , au Pakistan), mais de leurs choix de politique économique »

Bref, le jeu démocratique normal s’applique aux partis « extrêmes » aussi bien chez eux que chez nous : pourquoi s ‘en étonne-t-on et pourquoi craindre ?

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