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Voici donc la suite du résume du livre de Gregor Schoeler "Ecrire et transmettre dans les débuts de l'islam ( voir lien du début: ici) 

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4 Cour et littérature

 

Dans la diffusion et la transmission du savoir, le chapitres précédents ont mis en lumière le rôle très secondaire de l'écriture, simple aide-mémoire soutenant l'oralité. Les disciples devaient dès lors effectuer de long voyages pour recueillir l’enseignement directement auprès de leur maître. Des copie de leurs notes , disparates, furent réclamées par les Khalifes Omeyyade à leur usage privé. Il y eu également de échanges épistolaires par lesquels les savant répondaient aux questions du Khalife (Lettre de 'Urwa). Enfin la cour fit rassembler des compilations. Le même processus de compilation s'effectuait en parallèle pour des textes historiques et poétiques. En ce qui concerne les textes religieux, il y eut cependant beaucoup plus d'hésitation, certaines notes furent parfois copiées, puis brûlées, puis reconstituées selon les aléas des scrupules tant des religieux que de certains Khalifes. A la chute des Omeyyades, l'ensemble de ces notes a disparu, sauf les lettres de 'Urwa.

 

 

Les secrétaires de l’administration et leur rôle littéraire

 

Entre-temps était née , à la cour, une nouvelle classe sociale d'érudits, les scribes, pour la plupart non-arabes, souvent perses, qui formaient la chancellerie « diwân al rasâ'il ». Il tendaient à transformer l'empire sur le modèle (institutions et valeurs) de l'ancien empire iranien sassanide mais en arabisant toute l'administration. Ils se basaient sur livres en pahlavî (langue des Sassanides), qu'ils traduisaient ou adaptaient en arabe.

 

Il ont ainsi composé des lettres au Khalife ( ou à son ministre) sur différents sujets comme la chasse, l'administrations, les échecs , etc. Cette prose en arabe très soigneusement écrite était destinée à attirer l'attention du Prince sur les qualités littéraires de leur auteur, alors qu'auparavant les lettres étaient seulement utilitaires, pragmatiques. Ce fut le début de la prose artistique arabe .

 

Les traductions d'ouvrages du pahlavi en arabe commencèrent sous les abbassides ('abd al Hamîd , Ibn al-Muqaffa' )

 

Le plus important fut Ibn al-Muqaffa' (m.139 H ).Sa traduction du Livre des Rois sera à l'origine du Shâh-namâ de Fidawsi. Il traduisit également un abrégé de logique aristotélicienne (écrit en pahlavî pour un des derniers shah,sur base d'un texte des nestoriens, en syriaque) .Son  « Kalilâ wa-Dimma », sorte de « miroir des princes » venu des Indes via l'Iran,n'est pas une simple traduction mais une adaptation considérablement enrichie et très soigneusement composée en arabe.On considère son ouvrage comme le premier chef d'oeuvre de la prose littéraire . Il fit également oeuvre d'auteur original en composant des ouvrages comme son Épître sur les courtisans, à l’attention de al-Mansûr.

 

Les Khalifes ont joué un rôle moteur, se considérant autant comme les successeurs de Muhammad que les héritiers des sassanides. Il eurent à cet égard une politique culturelle forte.

 

Il faut noter ici la grande différence entre les auteurs religieux arabes, simples transmetteurs, dont les écrits étaient privés , aide-mémoires d'une transmission orale, et ces nouveaux auteurs de la cour, composant eux-mêmes de ouvrages destinés à être diffusés et lus

 

L'influence des milieux princiers sur les savants traditionnels

 

De même que fut demandé par la cour une anthologie de la poésie , la cour fit apparaître des ouvrages organisés selon les chapitres systématiques s’appelant muannafât, selon la méthodologie du tanîf : ils sont concernent les domaines de la loi, de l'exégèse ,de la tradition, de l'histoire, et de la philologie, Le premier à le faire fut Ibn Isâq, dans son « Grand Livre », al kitâb al-kabîr, disparu, mais dont il reste des traces chez Ibn Hishâm (m.218 H), dans son « Kitâb Sirât Rasûl Allah » , et chez d'autres transmetteurs comme al-abarî.

 

Ibn Isḥâq est le premier à réellement rapporter les traditions dans l'ordre chronologique, mais également à les présenter, faire des liaisons, bref, à réaliser un tout littéraire. Ces ouvrages ont été provoquées par la cour, et ne viennent pas spontanément chez les premier savants, peu enclins à cette à cette approche systématique et à écrire.

 

 

L'émergence de nouveaux écrits « scientifiques »

 

C'est donc la cour qui a éprouvé le besoin de posséder des ouvrages lisibles,consultables, des livres qui épargnaient la charge de devoir apprendre en assistant aux séances orales des savants. Et ce, dans tous les domaines. Le premier ouvrage fut, très significativement, relatif aux impôts, le « Kitâb al kharâj » d'Abû Yûssuf Ya'kûb (m.182H) Les ouvrages de ce types se présentaient souvent sous forme de lettre, avec toute sa beauté littéraire propre à la cour.

 

Un autre domaine nécessitant l'écriture d'ouvrages fut les polémiques autour du pouvoir et de l'hétérodoxie, également présentées sous forme de lettres « risâla » (contre les qadarites, par exemple,à la fin du premier siècle ). Progressivement la risâla scientifique a pris la forme de la risâla littéraire et est passée du domaine privé ( à l'attention spécifique du destinataire de la cour) au domaine public ( recopiable et lisible par tous)

 

 

 

5 L'esprit de Système : le taṣnîf

 

Les premiers ouvrages de compilation (muṣannafât) divisés en chapitres systématiques , ont commencé au milieu du 8°siècle. Des savants traditionnels en imputent l'origine aux querelles idéologiques entre sunnites , chi'ites et kharidjites. Cela fut fait pour le hadîths juridiques , les hadîths proprement dits, »Sîra et Maghâzî, l'exégèse, l'histoire, la philologie, la théologie. Ils sont nés, comme les recueils de poésies, sous l'impulsion de la cour

 

La publication orale

 

Les muṣannafât se faisaient selon la procédure traditionnelle, oralement, avec des notes privées, ensuite reprises par les maîtres ou leur disciples. Dans le cadre de la primauté donnée à l'oralité, ces botes étaient dévalorisées. En Irak, jusqu'au 9° siècle , on avouait peu les notes. A Médine et dans le Sud,par contre, dès la mi-8° siècle, la fixation par écrite de la tradition était réputée licite de façon générale (les documents destinés à la cour ayant toujours fait l'objet d'un avis spécifique).

 

Ibn Isḥâq et le « livre des campagnes » (de Muhammad) « Kitâb al-Maghâzî »

 

Ses disciples (morts autour de 800H), notent soigneusement qu'il ont entendu et, pour certains, copient l'ouvrage que le maître a collationné et signé de sa main. Salama b. al Fal aurait reçu ses notes. La copie de la cour, quant à elle, a disparu. Tout ce qui en subsiste vient des transmissions multiples et différentes par les disciples.

 

Mâlik bin Anas et le « Muwaṭṭa' »

 

Mâlik (m.179H) de Médine a compilé un recueil classé systématiquement, y compris les avis juridiques des Suivants et de lui-même : le « Muwaṭṭa' » (voie aplanie) . Autrefois, on parlait du muṣannaf de X ou de Y, avec des subdivisions nommée livres (kitâb) : kitâb al-hajj, kitâb al-hudûd, kitâb al-târîkh, kitâb al-Maghâzî, etc. , portant sur des domaine spécifiques comme le pèlerinage, les campagnes, l'histoire, etc. Si Mâlik avait bien l'intention de produire-publier un livre, et non des notes privées, ce sont ses élèves qui lui ont donné sa forme définitive. Le maître faisait réciter ses élèves, il écoutait et contrôlait leur récitation ( procédé du qirâ'a ou 'ar) . Ou encore, il lisait lui-même à haute voix aux élèves( procédé de la samâ': audition). Enfin, il a pu remettre un exemplaire corrigé par ses soins : munâwald. Ces trois modes différents de transmission expliquent les nombreuses divergences entre les versions recueillies, dont on a gardé trace.

 

Le cas de l'exégèse : Tafsîr

 

Ma'mar b.Râshid (m.154 H) nous a transmis son Tafsîr et son Jâmi' via son disciple 'Abd al-Rajâq, de la même manière que d'autres auteurs du milieu du 8° siècle, comme le Tafsîr de Muqâtil b. Sulaymân (m.150 H). Ces textes démontrent un niveau avancé d’élaboration et d'ordonnancement.

 

 

L'histoire de l'Empire

 

Il s'agit de monographies sur des événements particuliers ou sur les conquêtes, ou sur la guerre civile( là, les auteurs sont chî'ites). Le pas vers le muṣannaf est franchi par le « Livre sur l'Apostasie et les conquêtes » de Sayf B.'Umar. La transmission se faisait aussi oralement, mais le procédé de simple copie (kitâba et wijâda) était plus courant Ainsi, Al Tabarî a recueilli beaucoup de copie sans en avoir reçu l'audition.

 

La théologie

Les traités sur des sujets particuliers apparaissent aussi dès cette époque, mais surtout chez les mu'tazilites.

 

Au VIII° siècle une littérature de l'école pour l'école

 

Ce n'étaient pas au départ des livres véritables , mais de simples notes, dont aucune ne nous est parvenue dans sa forme primitive . Cependant ils ont aboutit pour certains à des œuvres au sens plein. Les muṣannafat constituent ainsi un genre intermédiaire entre la notes et les livres : fichiers bien ordonnés pour certains, œuvre aboutie chez Ibn Isḥâq, destinés dans les deux cas à être lus pendant les cours ; Il faut noter la similitude avec le « grammata » des grecs qui avaient la même littérature d'école plutôt destinée à être lue à haute voix.

 

Les vestiges du mouvement du taṣnîf du VIII° siècle

 

Aucun ne subsiste sous sa forme primitive, mais bien en résumés , en extraits, et citations par les disciples des disciples.

 

Par exemple : Le « Livre des campagnes «  d'Ibn Isḥâq (m.149) survit par un résumé expurgés, avec aujouts et commenté d'Ibn Hishâm(m.218), qui l'a reçu de ses disciples égyptiens : Le « Kitâb Sîrat Muhammad » . Il survit également par Amad b. 'Abd al Sabbâr al 'Ûaridî, qui a transmis les ajouts , extraits d'autres traditions du disciple d'Ibn Isḥâq : Yûnus b.Bukayr(m.199 H) « Ziyâdât Yûnus fî Maghâzî Ibn Isḥâq » ou encore par « l'Histoire » « rîkh » de al-abarî (m.310 H) qui puise abondamment dans cette source, y compris dans les passages exclus par Ibn Hishâm. Et enfin par de multiples ouvrages via différents transmetteurs dont on constate des divergences parfois considérables.

 

Autre exemple : Le « Muwaṭṭa » de Mâlik , dont de nombreuses recensions viennent de disciples ou des disciples des disciples (Yayâ b. Yaḥyâ al-Masmûdî ; ou Muhammad b.al asan al Shaybânî qui y ajoute des commentaires anafites) et dont on trouve également de nombreuses citations d'ouvrages s'y référant (Mudawwana de Sanûn -m . 240 H).

 

Les recueils canoniques de Traditions du IX° siècle

 

L'auteur en arrive aux « Six livres »

Ci-après un petit rappel ne figurant pas dans le livre:

 

Bukhârî (m.256 H) : Al Jâmi' as-aḥîḥ 2762 ahâdîth + variantes =7397

Muslim (m.261 H) : Al Jâmi' as-aḥîḥ 4000 ahâdîth + variantes

Abû Dawûd (m.275H) : Kitâb as-Sunan (musnad) 5273 ahâdîth

Tirmidhî (m.279 H) : Kitâb al Djâmi' 3956 ahâdîth

Nasâ'î (m.303 H) Kitâb as-Sunan 2800 ahâdîth

Ibn Mâjah (M ; 273H) Kitâb as-Sunan 4341 ahâdîth

 

auxquels on ajouta Amad b. anbal (m.241) musnad ... 28.000 ahâdîth !!!

 

 

Tous «publiaient leurs ouvrages oralement (samâ' , qirâ'a, etc..) et n'avaient pas donné une forme définitive à leurs ouvrages. Ils «dictaient» leurs ouvrages à un grand nombre de disciples, dont très peu en réalité l'entendaient en entier et se souciaient de transmettre l'ouvrage. Certains transmetteurs n'ont pas tout entendu; c'était devenu trop volumineux. D'autres voies ont donc été pratiquées : la transmission d'une copie collationnées (munâwala) ou la transmission par lettre ('ijâza) qui évitait un long voyage au disciple.. En ce qui concerne Bukhârî, très éloigné, le seul disciple a avoir tout entendu était al Firabrî de Bukhâra, lequel est à l'origine de l'édition critique écrite en 701H d'al Yunînî , sur laquelle se basent nos éditions imprimées.

 

Ce sont tous des livres scientifiques d'école destinés à l'école, et , par conséquent, ce qu'il en est advenu à travers les versions fragmentées des multiples disciples a considérablement varié avant leur mise par écrit définitive pour des lectures hors école.

 

 

NB:je ne peux ici que vous conseiller la lecture de I.Goldziher, « Etudes sur la traditions islamique » très critique sur ce sujet

 

 

 

6 La naissance des sciences grammaticales et philologoques

 

 

Elle a eu des rapports très étroits avec m'exégèse coranique :

 

1° La lexicographie a commencé dés les premiers temps avec Nâfi' (m.65H) qui interrogeait Ibn al 'Abbâs cousin du prophète sur des mots coraniques et reçu de sa part un synonyme, avec un vers de la poésie arabe considérée comme référence (shâhid)

 

2° la grammaire commença également très tôt : Abû l-Aswad al Du'âlî( m.69 H) , gouverneur de Kûfa, sur ordre du Khalife 'Alî, met au point les principes élémentaires de la grammaire arabe pour une lecture correcte du Coran.

 

 

Les particularités des écoles de Basra et de Kufa

 

l'école de Basra soumettait à une analyse rationnelle les matériaux transmis à l'étude, par la méthode de l'analogie (qiyâs). Elle a développé une linguistique ;.Ce sera au milieu du VIII° siècle qu'un savant de Basra , 'Isâ b.'Ûmar al-Thaqafi (m. 149H) compilera des livres de grammaire.

 

De son côté, l'école de Kûfa on en reste à la philologie, à une transmission se voulant fidèle, proche de la transmission dans les sciences religieuses

 

Al Khalîl b.Ahmad (m.160 H) , auteur d'un livre sur la grammaire ?

 

Ce disciple d''Isâ b.'Ûmar al-Thaqafi a enseigné la grammaire et écrit dans d'autres domaines. Le « Kitâb » de Sibawayhi (m. 18O H) est le premier livre , exposé développé et systématique de la grammaire arabe, rédigé par lui-même. Il entre dans la catégorie des muṣannafât, mais les chapitres y sont ordonnés dans un système et une logique cohérente. Ecrit pour être lu, avec renvoi à d'autres passages du livre, etc. Il ne se réfère pas à une lignée de transmission, mais est écrit en son propre nom, même s'il cite, de façon moderne, ses sources.

 

Le Kitâb et les études grammaticales ultérieure « Kitâb Sibawayhi », « Coran de la grammaire » fut soumis à un processus permanent d'exégèse et d'explications, et transmis par lecture devant d'autres maîtres ( lui étant mort prématurément sans disciples). Naquit ainsi , après lui , un isnâd , chaîne de transmission , que l'on retrouve au début des livres , comme plus tard dans les ouvrages de hadîth et de fiqh : les riwâyât (liste de transmetteurs)/

 

La lexicographie

 

Les lexicologues s'occupent de « la parole des arabes et de leurs expressions rares » . Le plus ancien est le Kitâb al 'Ayn : dictionnaire complet en langue arabe. Audition et transmission étaient fondamentaux, la langue la plus pure devant être recueillie par audition des bédouins : ces derniers, lors des querelles linguistiques des savants, étaient régulièrement consultés et écoutés comme arbitres.

 

Le ṭaṣnîf dans la lexicographie

 

Les premiers recueils « livres des raretés du langage » étaient accumulés en désordre. Les muṣannaf , classement systématiques en fonction du contenu : gharîb al muṣannaf, kutub al ifât, kutub fi ma'rifat asmâ' al-ashyâ', etc... Le plus ancien est de Abu 'Ubayd (M. 138 H): gharîb al muṣannaf, dont l'habileté littéraire est renommée. Il compilait sur manuscrits, sans audition préalable. Par contre , ses propres ouvrages furent transmis par qirâ'a . Tout un public de lecteurs, plus large que celui de la cour , était né. La réticence des savants persista cependant.

 

Le Kitâb al-'Ayn et le problème de son auteur

 

Al-Khalîl b.Amad en est le père spirituel, mais son disciple al-Layth (m.200 H) est celui qui a recueilli et rassemblé les fragments pour en rédiger un livre: c'est donc lui l'auteur, sur base de l'enseignement du maître et d'autres sources. Son livre fut ensuite transmis et publié seulement au milieu du IX° siècle.

 

 

 Vous touverez sous ce lien la suite de l'article

 

 

 

 

7 Lire ou entendre les livres

8 Conclusion

 

 

 

 

Tag(s) : #classiques et historiques
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