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Voici la fin de ce compte-rendu du livre de Gregor Schoeler  " Ecrire et transmettre dans les débuts de l'islam"

Voir les deux articles prédédents :1   et    2

 

                                                                                                      7 Lire ou entendre les livres

 

 

L'apparition du papier (kâghad) en Orient date de la fin du 8°siècle . Auparavant, on utilisait des papyrus (qirâs) ou des parchemins (raqq):c'est un des facteurs de développement de la production littéraire au 9°siècle

 

Al-Jâî et le livre destiné à des lecteurs.

 

au 9° siècle, il y a de nombreux auteurs écrivant des livres pour un vaste public de lecteurs . Al-Jâî (m.255H) en produit en masse( 200 titres dont 30 subsistent et 50 restent à l'état de fragments) Il y a un titre précis, souvent avec avant-propos ou une introduction destinée à un notable : Kitâb al ayawân;Kitâb al Bukhala' ;Kitâb al Bayân wa-l-tabyîn ; risâla fî manâqib al-turk et autres risâlat. (Ce dernier terme , risâla, signifiant « épitre » au départ, a fini par désigner des petits ouvrages, monographies, essais, ou autres). Un éditeur, Harûn, en a même publié un recueil:les Jâiiana. Al-Jâî travaillait avec un copiste(warrâq), Zakariyya' ibn Yahiâ ibn Sulaymân. Il chante les louanges des livres(tu appendes en un mois plus que tu ne pourrais apprendre de la bouche des hommes en un siècle). Les hommes de lettres (adîb/udabâ') du 9° siècle continuent la tradition des écrivains-secrétaires du siècle précédent, d'origine iranienne.Si Sahl ibn Harûn ( m.251H) traduisait du persan en arabe, et appartenait au mouvement shu'ûbite ' revendication de l'égalité entre croyants de tous les peuples, arabes ou non), Al-Jâî , lui, une génération plus tard, préférait des thèmes arabes, et plus littéraires

 

Ibn Qutayba ( m.276 H) était autant homme de lettres, adîb , qu'érudit, 'alîm.

 

L'évolution vers le livre véritable dans les sciences traditionnelles

 

Les savants continuent la méthode traditionnelle de transmission, et ce sont les notes de leurs élèves qui sont mises en formes une ou deux génération après. Ce phénomène est surtout observé pour les ahâdîth .

 

L'historiographie : dans ce domaine par contre, des historiens on reconnu les avantages du livre : ibn Hishâm et al-Ṭabarî(m.310 h) transforment ce genre en véritable littérature, dans le cadre d'une transmission écrite, accessible à un vaste public.

 

L'histoire littéraire et la poésie.

 

C'est dans cette période décisive du 9°-10° siècle que se réalise la recension définitive des textes poétiques et celle des matériaux narratifs et des données historico-biographiques. La recension définitive de la poésie archaïque et omeyyade sous forme de dîwâns se fit par des « éditeurs-transmetteurs » dont le plus important est al-Sukkarî(m.257h). Parmi eux , un seul dîwân de tribu est resté : celui des Hudhaylites. (Auparavant, les écrits étaient scolaires). On fit de même pour les contemporains, mes mudathûn. A cette époque, les poètes ne publiaient pas encore eux-mêmes, (ils le firent au 11° siècle), mais par des transmetteurs devenant souvent éditeurs.

 

Les recueils de traditions.

 

Les traditionnistes finirent par admettre la diffusion écrite de leur ouvrage à la condition que le texte fût lu et contrôlé par l'auteur ou un transmetteur autorisé ( condition souvent non respectée)

 

Les manuels.

 

Au 9° siècle apparaissent les premiers manuels de littérature arabe : Gharîb al muṣannaf, Gharîb al-hadîth, Kitâb al Nabât, Adab al Kâtib...

 

La réaction contre l'abandon de la transmission par audition.

Ibn Qutayba, grand auteur cependant, estimait que toute science doit être transmise par audition. De même, al Azharî (m.370 h), qui notait que le ṣuḥufî , n'ayant connaissance que des cahiers(ṣuḥuf), se trompait souvent dans la position des points diacritiques, car il n'avait pas entendu les mots. Ce qu'ils écrivent était considéré comme de faible valeur, à utiliser par les ignorants. Cela vient de l'usage d'écrire sans voyelles, ni points diacritiques, jusqu'à cette époque, générant beaucoup d'erreurs .

 

La transmission par audition dans l'enseignement et la médecine.

 

Cette réaction vers un enseignement oral atteignit cette « science ancienne »(Ulûm Qadîma) venue aux arabes par le mouvement de traductions au milieu du 8° siècle jusqu'au 11° siècle. Les traducteurs étaient à l'origine chrétiens. Déjà à Alexandrie, les livres étaient lus à haute voix et commentés. Cette méthode subsistait au 11° siècle : le disciple récitait devant son maître le chapitre à étudier, le maître commentait chaque passage et dictait ses commentaires aux autres disciples. Ibn Butlân (m.453 h) défendit contre Ibn Riḍwân cet enseignement oral. Si l'argument principal était dans les faiblesses de l'écriture arabe, la motivation première semble plutôt être le contacte direct et le contrôle permanent de la transmission, rendu impossible par le livre.

 

 

                                                                                                                                 °                                                                               CONCLUSION

 

 

La littérature arabe s'est développée de façon tout-à-fait singulière. A l'origine, un livre unique, le Coran. Autour de ce texte établi définitivement au 7° siècle, autour des dits et de la vie du Prophète, autour de l'arabe langue de la révélation, s'organisèrent des activités d'enseignement et de collectes de données fin 7° siècle. Cependant 100 ans la transmission de ce savoir se fit oralement du maître au disciple, avec intervention de l’écrit (support-brouillon-note) s'accroissant au fil du temps. Le livre pour lecteurs apparut au milieu du 8° siècle, sans freiner la prédominance de l'oralité dans la transmission.

Les antécédents se trouvent dans la transmission orale des poésies pré-islamique (riwâya), science des arabes. S'y ajoute la chaîne de transmission (isnâd) qui a pour modèle la pratique talmudique des juifs(200-500 AD).Les écoles alexandrines tardives procédaient également à une transmission commentée orale des textes écrits pour les écoles.

Le système islamique de transmission du savoir apparaît comme une synthèse d'éléments issus de trois cultures arabes, juive et hellénistico-chrétienne qui ont imprimé ensemble leur marque à le culture islamique.

Le cours dicté s'est conservé jusqu'à une époque tardive. Ce n’était pas la possession du manuscrit, mais la participation à l'audition qui autorisait de transmettre l'ouvrage. La séance pendant laquelle un recueil de hadith était lu était une cérémonie dans laquelle les auditeurs étaient liés de manière directe et personnelle , par la chaîne ininterrompue, au Prophète. L'auteur illustre l'importance du « mot articulé » par deux traits: l'impression bouleversante de la récitation liturgique du Coran sur les auditeurs , et le fait que les juristes musulmans ne reconnaissent l'écrit que s'il est confirmé oralement par deux témoins.cdéveloppée de façon tout-à-fait singulière. A l'origine, un livre unique, le Coran. Autour de ce texte établi définitivement au 7° siècle, autour des dits et de la vie du Prophète, autour de l'arabe langue de la révélation, s'organisèrent des activités d'enseignement et de collectes de données fin 7° siècle. Cependant 100 ans la transmission de ce savoir se fit oralement du maître au disciple, avec intervention de l’écrit (support-brouillon-note) s'accroissant au fil du temps. Le livre pour lecteurs apparut au milieu du 8° siècle, sans freiner la prédominance de l'oralité dans la transmission.

Les antécédents se trouvent dans la transmission orale des poésies pré-islamique (riwâya), science des arabes. S'y ajoute la chaîne de transmission (isnâd) qui a pour modèle la pratique talmudique des juifs(200-500 AD).Les écoles alexandrines tardives procédaient également à une transmission commentée orale des textes écrits pour les écoles.

Le système islamique de transmission du savoir apparaît comme une synthèse d'éléments issus de trois cultures arabes, juive et hellénistico-chrétienne qui ont imprimé ensemble leur marque à le culture islamique.

Le cours dicté s'est conservé jusqu'à une époque tardive. Ce n’était pas la possession du manuscrit, mais la participation à l'audition qui autorisait de transmettre l'ouvrage. La séance pendant laquelle un recueil de hadith était lu était une cérémonie dans laquelle les auditeurs étaient liés de manière directe et personnelle , par la chaîne ininterrompue, au Prophète. L'auteur illustre l'importance du « mot articulé » par deux traits: l'impression bouleversante de la récitation liturgique du Coran sur les auditeurs , et le fait que les juristes musulmans ne reconnaissent l'écrit que s'il est confirmé oralement par deux témoins.

 

 

 

 

 

Nb: cette lecture peut être utilement complétée par l'ouvrage de  François Déroche:  "Le livre manuscrit arabe - Préludes à une histoire " qui reprend l'autre facette de cette étude, en quelques appercus pasionnants et  biens illustrés sur les manuscrits anciens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #classiques et historiques
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